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La vie n'est pas rose tous les jours, certes, mais elle s'acharne sur certains d'entre nous. L'insouciance, la naïveté, m'empêchaient étant petite de réaliser ce que mes parents et moi même étions en train de vivre. A ma naissance, mes parents avaient une situation confortable. Nous vivions dans une banlieue chic et tranquille à l'ouest de Lyon. Nous avions un bel appartement, un beau cadre de vie jusqu'à ce que le propriétaire de l'immeuble décide de vendre son bien. L'acquisiteur demanda l'évacuation des appartements pour réaliser des travaux. Sans situation de rechange et après avoir épuisé les rares aides de l'Etat, on nous proposa de résider à l'hôtel pendant quelques mois. Avec une chambre pour trois personnes, un réchaud à gaz sur le balcon comme cuisinière, la situation devint vite inconfortable. C'est alors que les services sociaux nous proposèrent un logement en plein centre de lyon. Inespéré! En 1990-91, nous prîmes possession des lieux. Cela me paraissait immense à côté de l'hotel mais ce n'était qu'un 20 mètre carré, sans WC ni salle de bain. Vous avez bien lu! Les toilettes se situaient au même étage, sur le palier et ne fermaient pas à clé. Lorsque les voisins montaient pour rentrer chez eux, ils fallaient se faire discret. Etant petite, ces WC me terrifiaient car il y avait plein de bestioles, d'araignées surtout. Il s'agissait de WC à la turc. J'avais peur de tomber dans le trou. De plus, les odeurs étaient tellement fortes que ma maman me mettait du parfum sur les narines pour que je puisse entrer. Comme je le disais précedemment, il n'y avait pas de douche ni de baignoire. Moi, j'étais petite. Je pouvais tenir dans l'évier, un grand cube de marbre bien solide. Mais pour mes parents, c'était une autre paire de manche. Je ne me rapelle plus comment ils se débrouillaient et je n'aborde pas le sujet à la maison car c'est une époque taboo chez nous. Ils devaient faire une toilette de chat, se débarbouiller au gant. Mais le plus terrible, ce qui me terrifiait le plus, ce qui nous répugnait pas dessus tout, c'était la colonie de cafards qui infestait l'appartement. Des cafards de partout, rampant sous les meubles, grimpant sur les murs... Nous n'avions pas la télévision, pas le téléphone, pratiquement aucun meuble... La seule fois ou j'ai évoqué notre situation, c'était pendant un cours d'activité manuelle au CE1. Les autres enfants sont allés le répéter au maître et je me suis pris un savon car ce dernier pensait que je mentais. La rue que j'habitais était aussi pitoyable que mon appartement. Nous étions situés en plein quartier chinois avec les restaurants bas de gamme et les épiceries glauques à la lumière blafarde. Il y'avait bien évidemment la mafia chinoise, des prostitués et du traffic de drogue. J'avais beau être petite, j'étais loin d'être innocente. Mais malgré tout, c'était une rue ou je me sentais en sécurité. Il y avait le traditionnel clochard, la mascote du quartier. Il "résidait" en bas de chez nous et avait pris ses quartiers dans un renfoncement entre un restaurant et une épicerie. C'était un homme bizarre mais brave, alcoolique sur les bords. Il est mort seul, en bas de mon immeuble, dans le froid. Personne ne s'en est rendu compte sur le coup. Tout le monde pensait qu'il dormait mais au bout de deux jours, on ne l'entendait plus crier, délirer, parlementer dans le vide. On a commencé à se poser des questions. Il a été enterré dans l'anonymat dans la fosse commune. Malgré tous ces problèmes, mon père que je ne voyais quasiment jamais puisqu'il travaillait la nuit, les tensions palpables entre mes parents, l'insalubrité de l'appartement, j'ai de beaux souvenirs. Mais les mauvais entachent vraiment le tableau. Quoi qu'il en soit, notre déménagement quelques années plus tard a été une vraie bouffée d'air (qui n'a pas duré longtemps). à suivre...
Jeudi 09 Octobre 2008Poster un commentaire
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